Les Empires du Sahel avant la colonisation

© van den baviere rodolphe

colonisation de l'Afrique de 1880 à 1945

La pénétration coloniale française, menée par Louis Faidherbe puis Joseph Gallieni, se fait à partir du Sénégal en allant vers l’est : les français conquièrent progressivement tout le territoire de ce qui allait devenir le Soudan français puis le Mali après l’indépendance : Sabouciré en 1878, Kita en 1881, Bamako en 1883, Ségou en 1890, Nioro en 1891, Tombouctou en 1894, Sikasso en 1898, Gao en 1899.

Cette conquête d’un territoire divisé en plusieurs royaumes s’est opérée par la force et par la diplomatie, les Français tentant de jouer les uns contre les autres, en faisant signer des traités, pas toujours respectés.

En 1863, Louis Faidherbe évoque le projet de pénétration coloniale en ces termes : « Vous voulez arriver au Soudan par l'Algérie ? Vous n'y réussirez pas. Vous vous perdrez dans les sables du Sahara et vous ne les traverserez pas. Mais si, profitant des voies naturelles qui nous sont offertes, vous vous servez du fleuve Sénégal pour gagner la route du Soudan et les rives du Niger, vous y créerez une colonie française qui comptera parmi les plus belles du monde2 ». Il envoie cette même année une mission de reconnaissance, la mission Quintin-Mage, puis une deuxième mission en 1879-1880, la mission Gallieni-Vallières auprès du roi de Ségou, Amadou Tall.

Le royaume khassonké de Logo, dont la capitale Sabouciré (actuellement commune de Logo) est située sur la rive gauche du fleuve Sénégal à 25 km. de Kayes est dirigé par le roi Niamodi Sissoko. Celui-ci refuse la pénétration coloniale française. Le 22 septembre 1878, les troupes françaises, conduites par le lieutenant-colonel Reybaud, fortes de 585 hommes, équipées de 4 canons et 80 chevaux affrontent pendant plusieurs heures les troupes du roi Niamodi Sissoko. Les Français dominent militairement et gagnent la bataille qui fait 13 morts et 51 blessés chez les Français et 150 morts chez les khassonkés, dont le roi Niamodi Sissoko. Cette bataille marque le premier acte de résistance contre les Français.

Cartographie des etats et de la colonisation de l'afrique en 1880

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En 1880, Joseph Gallieni découvre Bamako qui « ne renferme plus actuellement qu'un millier d'habitants » et que « rien ne distingue des autres villages de la région ». Après son installation à Kita le 7 février 1881, Borgnis-Debordes se lance dès le 16 février 1881 vers Bamako. Le 26 février 1881, l'armée française bat en retraite devant l'armée de Samory Touré à Kéniéra. Le 1er février 1883, Gustave Borgnis-Desbordes, entre dans Bamako et débute la construction du fort le 5 février. Samory Touré fonde un Empire, le Ouassoulou, qui s'étend sur une grande partie du pays malinké, correspondant à l'actuel Mali et la Guinée et atteignant les zones forestières de Sierra Leone et du Liberia.

L’armée était composée de Sofas bien entraînés et équipés de fusils, achetés avec les revenus tirés de la vente d'esclaves. Samory Touré résiste longtemps contre les troupes coloniales françaises, dirigées successivement par Gustave Borgnis-Desbordes, Joseph Gallieni, Louis Archinard. Samory Touré est arrêté par les Français dirigés par le capitaine Gouraud à Guélemou (Côte d'Ivoire). Il est déporté au Gabon où il meurt en 1900.

Le roi Tiéba Traoré du Kénédougou était allié des Français. Son frère et successeur, Babemba Traoré s'oppose aux français pour résister à leur visée expansionniste. Sikasso, capitale du royaume, est prise le 1er mai 1898 malgré son tata, muraille défensive. Babemba, qui refuse de se rendre, se donne la mort.Le territoire malien, dénommé Haut-Sénégal-Niger devient, en 1895, une colonie française intégrée à l'Afrique-Occidentale française avec une portion de la Mauritanie, du Burkina Faso et du Niger. Kayes devient son chef-lieu pour laisser la place, en 1907, à Bamako.

En 1920, elle est appelée Soudan français. Parmi les différents gouverneurs coloniaux, on peut citer Henri Terrasson de Fougères, qui fut Lieutenant-gouverneur du Haut-Sénégal-Niger en 1920-1922, gouverneur intérimaire en mars 1920, puis à nouveau le 21 août 1921 pour être ensuite nommé Gouverneur du Soudan français du 26 février 1924 à 1931.

La colonie malienne fit l’objet d’une politique de valorisation économique, qui s’accompagna du recours au travail et à la conscription forcée. Toute activité politique fut interdite aux colonisés jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Finalement, la colonisation française a légué un héritage assez maigre au Mali, ne laissant que peu ou pas d'infrastructures routières, peu d'écoles et de centres de santé...

Cartographie de la colonisation de l'afrique de 1914 a 1937

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Evolution de la situation politique au Mali de 1945 à 2013

Puis, en 1946, à Bamako, fut constitué le Rassemblement démocratique africain (RDA), qui mena la lutte pour l’indépendance de l’Afrique occidentale. Sa section malienne, l’Union soudanaise, était dirigée par Modibo Keita. En 1956, le Soudan français accéda à l’autonomie interne et devint, deux ans plus tard, une république au sein de la Communauté française. Le 17 janvier 1959, il se joignit au Sénégal pour former la fédération du Mali, qui se proclama indépendante le 20 juin 1960. Cette fédération éclata en septembre, en partie à cause de la rivalité entre Léopold Sédar Senghor et Modibo Keita, deux figures du nationalisme africain. L’ancien Soudan français conserva le nom prestigieux de Mali et Modibo Keita demeura président de la nouvelle république du Mali, proclamée le 22 septembre 1960. Le même mois, le nouvel État devint membre de l’Organisation des Nations unies (ONU).

Le Mali, sous la direction de Modibo Keita, qui fondait son pouvoir sur l'Union soudanaise (l’US-RDA), seul parti représenté à l’Assemblée nationale, poursuivit une politique de développement économique guidée par les principes du socialisme, sans rompre avec la France. L’échec de cette politique provoqua, le 19 novembre 1968, un coup d’État militaire qui porta au pouvoir le lieutenant Moussa Traoré. À son arrivée, le jeune Moussa Traoré promit la restitution du pouvoir aux civils, mais il resta au pouvoir jusqu'en… 1991, soit pendant vingt-trois ans. Il conserva le français comme langue officielle pour le Mali. Moussa Traoré régna avec autorité; il interdit tout groupement politique, puis créa en 1979 un parti unique: l’Union démocratique du peuple malien (UDPM).

Le régime dictatorial de Moussa Traoré se révéla incapable de faire progresser l’économie, sans compter que, de 1968 à 1974, puis de 1983 à 1985, des sécheresses persistantes entraînèrent des famines, tandis que l’État épuisait ses maigres ressources dans un différend frontalier avec le Burkina Faso, qui dégénéra en 1985 en affrontement armé. En même temps, d'importantes grèves étudiantes et syndicales aggravèrent la situation. Puis l'aspiration démocratique suscita encore plus de mécontentement dans la population. Dans le nord du pays, les Touaregs se révoltèrent contre les autorités maliennes qui les opprimaient sans cesse depuis l'indépendance. Mal leur en prit, car l'armée réprima brutalement tout mouvement d'opposition chez les Touaregs qui furent exclus de l'armée nationale et des postes administratifs de l'État. En mars 1991, Moussa Traoré dut partir à la faveur d'un coup d'État. Un gouvernement de transition fut instauré avec comme président le lieutenant-colonel Amadou Toumany Touré.

En 1992, les premières élections libres du Mali indépendant portèrent au pouvoir Alpha Oumar Konaré, un professeur d'histoire. En février 1993, Moussa Traoré fut condamné à mort lors d'un procès, mais le président Konaré, hostile à la peine de mort, gracia en 1997 (au nom de la «réconciliation nationale») l'ancien dictateur qui fut condamné à purger une peine de dix ans de prison pour «crimes politiques et économiques». Les efforts pour renforcer la démocratie furent menacés par la persistance des difficultés économiques et une forte corruption au plan politique.

En mai 1997, Konaré fut réélu avec 80 % des suffrages exprimés. Au cours de sa présidence, le Mali fut souvent cité comme un pays de «bonne gouvernance». Conformément à la Constitution qui limite à deux le mandat du président, Konaré quitta la présidence en 2002. L'ancien général Amadou Toumani Touré, qui avait déjà dirigé le Mali pendant la transition de 1991-1992, gagna l'élection présidentielle de 2002. Le nouveau président n'appartenait à aucun parti politique (donc pas de majorité parlementaire) et son gouvernement regroupait tous les partis du pays. Surnommé ATT, Touré avait du travail à faire dans un pays où 64 % de la population vit dans la pauvreté et 21 % dans une extrême pauvreté, mais il disposait d'un mandat de cinq ans pour traduire dans les actes sa volonté de «gouverner autrement».

En avril 2007, Amadou Toumani Touré (ATT), fut réélu avec 71,20% des voix, mais cette élection fut contestée par les principaux candidats de l’opposition, pour des motifs de fraudes. Mais la question des Touaregs n'était toujours pas réglée, tandis que le gouvernement laissait pourrir la situation.Puis le Mali dut faire face à la fracture entre le Sud, plus riche et développé, et le Nord, pauvre, sous-scolarisé et régulièrement secoué par des contestations politiques et sociales, essentiellement de la part des Touaregs.

En janvier 2012, un mouvement sécessionniste touareg du Nord a attaqué des camps militaires maliens et proclamé l’indépendance du territoire sous leur contrôle. Il aura suffi de trois mois aux rebelles touaregs pour prendre le contrôle des grandes villes du désert: Tombouctou (54 000 hab.), Gao (87 000 hab.) et Kidal (26 000 hab.). La proclamation d’indépendance des Touaregs, amputant du même coup la moitié du territoire malien, semblait être la seule solution pour faire cesser le génocide perpétré par les militaires maliens noirs. L’opération aérienne de l’OTAN en Libye a malheureusement permis de faire entrer au Mali une quantité considérable d’armes modernes. Ces armes provenaient des mercenaires de Kadhafi qui ont fui la Libye dévastée en emportant les stocks d’armes pillés dans ses arsenaux, une aubaine pour les groupes salafistes radicaux.

Dans l'incapacité d’empêcher la chute de cet immense partie de son pays, le président Amadou Toumani Touré a dû payer le prix de son impuissance: en mars 2012, il fut évincé du pouvoir par un coup d’État militaire. Bref, si l'armée malienne était capable d'organiser un coup d'État, elle se révèle impuissante quand il s'agit d'assurer la sécurité du pays.

En janvier 2013, ce fut l'escalade des forces rebelles. Les djihadistes se sont lancés à l’assaut du Sud. Ils ont atteint la ville de Konna, tout près de Mopti. Devant cette nouvelle offensive, le président intérimaire du Mali, Dioncounda Traoré, l'ancien président de l’Assemblée nationale du Mali, a appelé la France à l’aide, qui a accepté, car l’armée malienne s’est révélée inapte pour faire face à la supériorité militaire que les groupes islamiques étaient en train d’accumuler dans le Nord.